Site de Léonce BOURLIAGUET

 

La guerre des moulins

 

 

D’une montagne couverte de forêts une petite rivière coulait dans la plaine où elle animait successivement sept moulins :

Le Moulin du Blé ;

Le Moulin du Seigle ;

Le Moulin de l’Orge ;

Le Moulin du Maïs ;

Le Moulin de la Moutarde ;

Le Moulin des Noix ;

Le Moulin de Tout-ce-qu’on-voudra.

 

C’étaient de petits moulins simplets trempant seulement une roue dans l’eau, qui était vaillante et poussait dru.

Or le meunier du blé, plus riche que les autres, fit construire devant son moulin une digue qui barra la rivière. Il apprit ainsi à l’eau qu’il était doux de dormir dans une écluse et la rendit paresseuse. Du même coup, la retenant à son gré, il en privait les autres moulins, ou à son gré, la lâchant, la leur envoyait trop tard et d’ailleurs décidée à ne plus rien faire. De sorte que le moulin du blé continua de prospérer tandis que les autres, un à un, fermaient leur porte, toute la clientèle s’en étant allée.

Le premier à s’arrêter fut celui de Tout-ce-qu’on-voudra, puis en remontant celui des Noix, celui de la Moutarde, celui du Maïs, celui de l’Orge, celui du Seigle : et leurs meuniers s’en furent s’établir bûcherons dans la montagne d’où descendait la rivière.

Le meunier de Tout-ce-qu’on-voudra, y arrivant le premier, choisit un très grand sapin noir.

Le meunier des Noix, survenant ensuite, l’aida à le couper.

Le meunier de la Moutarde, se montrant à son tour, les aida à l’affaler et à l’ébrancher.

Et quand les meuniers du Maïs, de l’Orge et du Seigle furent là, ensemble ils furent assez forts pour pousser le long et lourd fût dans la rivière.

- Oh là ! oh là ! s’écria l’eau paresseuse, de quel fardeau vous me chargez ! Jamais vous ne traitâtes ainsi le plus fort de vos ânes !

- Désormais, lui répondirent les meuniers, tu auras chaque jour à charrier les troncs des arbres géants que nous abattrons, puisque nous voilà devenus bûcherons par ta faute !

- J’aime mieux, gémit la rivière, que vous redeveniez meuniers : pousser la roue est un plaisir, au prix de ce charroi. Rentrez dans vos moulins : j’y serai avant vous !

Et, emportant roidement et vitement le grand sapin, elle le lança comme un bélier contre la digue du Moulin du Blé, qui fut effondrée, roulée, détruite : plus d’écluse où paresser ; plus de retard dans sa course ; voie libre tout au long ; et, sous la poussée de l’eau redevenue vaillante, tous les moulins recommencèrent à babiller.

 

 

La maison qui chante