Site de Léonce BOURLIAGUET

 

Le moulin de Catuclade

 

 

     Le moulin était si enveloppé d'arbres que nous ne le vîmes qu'au moment de donner du nez dessus. Une vieille bâtisse lugubre, aux ouvertures rares, étroites et grillagées;  des murs de schiste tapissés d'énormes toiles d'araignée qui étaient des filets, un toit de tuiles plates, moussues, gondolé et posé comme un chapeau clabaud. Il ouvrait une grande gueule noire pour avaler une écluse couleur d'encre et lâchait sa fumée comme une respiration bleue.

    Il y avait une petite cour fangeuse, fétide, sombre et close de hauts murs devant le moulin. J'en poussai la porte vermoulue. Aussitôt, tombant du coteau au­quel s'adossait la bâtisse, trois chiens parachutistes, ébouriffés, tout en gueules rouges et en dents blanches, m'enveloppèrent de leurs bonds et de leur charivari.          Paraissant sur le seuil, le meunier tonna, la meunière glapit, les chiens disparurent. C'étaient deux grandes statues humaines, oursines, île-de-Pâques, aux visages rébarbatifs piqués d'yeux de jais comme ceux des rats d'eau. La meunière avait un air d'ogresse. Le meunier portait une barbe barbelée de quinze jours, si dure et si charbonneuse qu'il semblait un compa­gnon de la gueule noire.

 

 

Le moulin de Catuclade