Site de Léonce BOURLIAGUET

 

 

 

 

 

 

Propos pédagogiques matinaux de M.Sabahu 1947

 

Car, enfin, nous ne sommes rien d’autre que des éveilleurs, et l’élégance est de s’acquitter de cette tâche délicate avec un sobre minimum de trucs et de moyens.

« Et savez-vous quel est au fond le vrai but d’une leçon de lecture ?

C’est de révéler à l’élève l’au delà du texte. Vous n’imaginez pas combien il y a de gens qui lisent comme la chèvre de Jules Renard mange l’affiche – sans rien voir des merveilleuses images encloses dans le fourmillement des petits signes noirs. C’est ce qui explique la faveur qu’a toujours eu un roman régional dans le pays qu’il décrit : les images se livrent alors d’elles-mêmes toutes seules parce qu’elles se trouvent d’avance dans la tête des lecteurs. Mais, baste ! pour en construire d’autres de toutes pièces. Taine lui-même, qui n’était pas un imbécile, avoue avoir été long à subir ce sortilège – et à y aider, parce qu’il faut ensuite y aider systématiquement. C’est notre rôle avec l’élève : lui apprendre à voir ce qu’il lit. Lui révéler que toute page imprimée est comme les ténèbres d’une petite salle de cinéma au fond de laquelle il y a un merveilleux écran sur lequel se déroule un film dont il ne doit rien perdre. Cette révélation, c’est toute notre leçon de lecture. Vous avouerez que la conjugaison et la grammaire n’ont rien à y voir : ce sont désagréments d’ouvreuse vous promenant une lampe électrique dans les yeux… »

 

 

 

École de Saint-Jory-de-Chalais où L.B. fut instituteur.